*Je n'ai pas envie de passer par la porte d'entrée, j'ouvre grand la fenêtre et sans aucun détour j'annonce publiquement; je vais mal. Je voudrais hurler que le temps n'attend pas, que c'est un assassin cruel et que je suis bien trop fragile pour continuer comme ça. Mais je ne sais pas hurler. Je me contente de tousser lorsque je sens lentement monter mon coeur à travers ma gorge. Quelque fois qu'il sortirait; on ne sait jamais. Parfois j'aimerais m'allonger dans l'herbe et sentir que la terre m'aspire, qu'elle me veut moi et pas une autre. Sentir que mes membres se détachent, un à un pour avoir l'envie de jouer au puzzle avec ma conscience. J'ai peur. Horriblement. Je me force à fermer les yeux. Je respire très fort. Je veux juste prévenir, moi, je ne fais que ça, de la "prévoyance"; que si je pleure devant vous, c'est évidemment parce que j'ai pomé ma fierté, sur un trottoir, dans un égout. J'espère juste qu'elle est bien tombée. Qu'on l'a ramassé et qu'on y prend soin. Je me fais du mal toute seule vous me direz, c'est moi qui me fous dans des situations pareilles, c'est moi qui suis trop émotive. Je vous en vomirais moi des émotions. Vous ne savez que parlez, parlez, parlez. A ce tarif, vous jactez comme des pigeons au dessus de ma tête. Vous n'êtes que des incapables. Oui, incapables d'affronter mon regard, le vrai celui qui fait mal. On m'a dit un jour que l'amour était plus fort que tout. Et qu'on avait qu'une seule vie sur terre. Et quitte à souffrir, ça en valait la peine. Que si il y a de la douleur, c'est qu'il y a de l'amour. Mon dieu, arrêtez de fermer les rideaux, les portes à double tour, quand je suis à genoux devant vous. Que je vous supplie, que je m'humilie. J'ai affreusement mal et ici il n'y a que des salops. Que faut-il que je fasse pour que vous voyez que mon coeur à moi il est usé, que mes doigts sentent le cramé, que mes lèvres sont abimées? J'ai tout essayé, vous ne savez que cracher. Et puis il existe des êtres, entièrement doués. Des êtres que jamais vous n'aurez entre vos bras. Vous pouvez toujours rêver. Ou du moins essayer. A mes côtés, pas très loin chaque jour; il y en a un. Il ignore à quel point il me fait rêver, il ignore à quel point j'ai mal de le voir ne pas me regarder. Oh, il rit oui, parce que j'ai un certain sens de l'humour. Il ignore comme je voudrais qu'il me sauve la vie. Mais je ne voudrais pas qu'il se brise les poignets, c'est ce que je préfère chez lui. Qu'il m'apprenne au moins à hurler, j'en ai besoin. Même si je termine les dents dans la terre, je ne serais plus seule.